Sahara occidental/Maroc – Grève de la faim – Grève de la dignité.

Naâma Asfari, prisonnier politique sahraoui, entame ce 11 mai une deuxième grève de la faim d’avertissement de 48 heures à la prison centrale de Kénitra (Maroc). Il annonce qu’il pourrait engager une grève illimitée à compter du 20 mai si ses revendications ne sont pas satisfaites.

Depuis 3 ans, l’État marocain n’a appliqué aucune des recommandations demandées par le Groupe de Travail contre la Détention Arbitraire de l’ONU (WGAD) dans son Avis  n° 23/2023  concernant les prisonniers du groupe de Gdeim Izik.

« La grève est devenue une nécessité et un devoir d’action contre l’injustice et l’illégalité de notre détention » écrit Naâma Asfari. « Au contact des pires épreuves d’indignité, on peut réussir à faire émerger l’irréductible de la dignité et à le partager avec d’autres »

La Ligue pour la protection des prisonniers politiques sahraouis (LPPS) rappelle les obligations juridiques du Maroc et appelle la communauté internationale à intervenir afin de garantir le respect des droits des prisonniers politiques sahraouis dans les prisons marocaines.

Pour mémoire, les prisonniers du Groupe de Gdeim Izik ont été condamnés à de lourdes peines (de 20 ans à perpétuité) au terme de procès jugés inéquitables par la communauté internationale. À 8 reprises, le Maroc a été condamné par le CAT (Comité contre la torture des Nations unies) pour des aveux extorqués sous torture sur les membres du Groupe Gdeim Izik dont Naâma Asfari et le Groupe de Travail contre la Détention arbitraire a émis 6 avis concernant le Groupe Gdeim Izik, tous exhortant le Maroc à libérer immédiatement ces détenus.

Paris, le 10 mai 2026.

Actualités Prisonniers – 15 mars – 30 avril 2026

17 avril – Liberation d’El Hafidi et represailles

Ce 17 avril libération de Abdelmoula Mohamed El Hafidi au terme de 10 ans d’emprisonnement arbitraire.

Selon La Ligue de Protection des Prisonniers Sahraouis dans les prisons marocaines (LPPS), une force militaire marocaine, composée de quatre camions et de véhicules tout-terrain, a pris pour cible, ce mardi 21 avril 2026 au matin, la famille de l’ancien prisonnier politique sahraoui dans la région de Bloujet Khira, près de Jreifia. Les forces d’occupation ont encerclé les tentes de la famille dans une zone isolée « en dehors de la zone urbaine », puis ont procédé, sans fondement juridique, à leur démantèlement, ont saisi leur contenu et ont laissé les membres de la famille sans abri.

Cette mesure de représailles s’inscrit dans le cadre d’une nouvelle phase de la série de représailles systématiques menées par les autorités d’occupation marocaines à l’encontre d’Abdelmoula El-Hafidi et de sa famille. En effet, le domicile familial est resté assiégé et encerclé par les forces de sécurité depuis sa libération de prison.

 13 avril

Abdallah B’hah- Grève de la faim de 48 h. Abdallah B’Hah, membre du groupe Gdeim Izik, emprisonné à Tiflet 2, a commencé une grève de la faim d’avertissement de 48h pour dénoncer les traitements dégradants auxquels il est soumis. Il dénonce en particulier le silence de l’administration pénitentiaire face aux agressions qu’il subit de la part des prisonniers de droit commun, en plus de son manque d’accès à la justice.

Déclaration de solidarité pour Ibrahim Babbit et Salah Sabbar – Sur X, Le Bureau exécutif du Collectif des défenseurs sahraouis des droits humains au Sahara occidental (CODESA) suit avec une profonde inquiétude la poursuite de la grève de la faim illimitée, à son douzième jour, menée par les étudiants et prisonniers politiques sahraouis « Salah Eddine Essabar » et « Ibrahim Babit » à la prison locale Ait Melloul 01, dans la ville d’Agadir.

Le Codesa en appelle « au Nations unies et au Comité international de la Croix-Rouge à intervenir en urgence pour protéger l’ensemble des prisonniers politiques sahraouis et contribuer à leur libération, après que la plupart d’entre eux ont passé plus de 15 ans en détention politique dans différentes prisons marocaines, dans le cadre de la question du Sahara occidental, classée en droit international comme une question de décolonisation.

 

12 avril – Détérioration de l’état de sante d’Ahmed SBAI

Comme le dénonce LPPS, la détérioration de l’état de santé des prisonniers politiques est une réalité constante dans les prisons marocaines. Le Maroc pratique l’exclusion en matière de santé et fait preuve de négligence dans la prestation des services médicaux aux détenus.

C’est le cas d’Ahmed El Bachir Ahmed Sbai, président d’honneur de LPPS, membre du groupe Gdeim Izik et condamné à la prison à perpétuité.

Sa sœur dénonce la négligence médicale délibérée dont est victime Ahmed Sbai avec, pour conséquence, une aggravation de son état de santé et une perte sévère de la vue en l’absence de traitement et de médicaments nécessaires.  Aucun examen ophtalmologique n’a été effectué dans un hôpital hors de la prison au cours des cinq dernières années, malgré les nombreux appels et demandes adressés à l’administration de la prison centrale de Kenitra. Ahmed Sbai souffre d’une hypersensibilité oculaire résultant de cette négligence médicale.

Il a également souffert d’épisodes d’asphyxie lors de travaux d’entretien et de peinture des cellules, qui ont été effectués sans tenir compte des maladies chroniques dont il souffre, en particulier de troubles cardiaques.

6 avril – Appel urgent de LPPS pour Ibrahim Babit et Salah Sabbar

LPPS lance un appel aux organisations internationale de droits humains pour qu’elles interviennent de toute urgence pour protéger les deux étudiants sahraouis, Ibrahim Babit and Salah Eddine Sabbar condamnés à 6 mois de prison et détenus à la prison de Ait Melloul 1.

Babit et Sabbar sont en grève de la faim depuis le 1er avril. LPPS rappelle que cette grève de la faim vise à mettre en lumière les souffrances endurées par les étudiants sahraouis dans les prisons marocaines, victimes d’un harcèlement systématique, d’accusations forgées de toutes pièces et d’un système judiciaire non indépendant qui prononce à leur encontre des condamnations injustes en représailles à leurs positions politiques et à leur défense du droit du peuple sahraoui à l’autodétermination et à l’indépendance.

5 avril – El Wali Mohamed Ali Aina – Grève de la faim de 48 heures.

LPPS annonce que El Wali Mohamed Ali Aina commencera le lundi 6 avril une grève de la faim d’avertissement de 48 h dans la prison d’El Aaiun. Cette grève de la faim vise à dénoncer les traitements dégradants et le harcèlement systématique dont le prisonnier est victime, ainsi que les politiques discriminatoires mises en œuvre par l’administration pénitentiaire marocaine à son encontre en tant que prisonnier politique.

L’administration pénitentiaire a placé le prisonnier politique dans une cellule surpeuplée avec des détenus de droit commun, ce qui est considéré comme un acte de représailles.

Pour mémoire, El Wali Mohamed Ali Aina a été condamné le 17 mai 2022 à dix ans de prison à l’issue de ce qui est décrit comme un simulacre de procès fondé sur des accusations forgées de toutes pièces. Son seul « délit » était son militantisme étudiant à l’université Ibn Zohr et son engagement pacifique en faveur des droits du peuple sahraoui.

1er avril- Ibrahim Babit et Salah Sabbar en Greve de la faim illimitée

Ibrahim Babit et Salah Eddine Sabbar ont annoncé le début d’une grève de la faim illimitée à la prison d’Aït Melloul, au Maroc. Ils protestent contre leurs conditions de détention qu’ils jugent inhumaines et rejettent toutes les pratiques portant atteinte à leur dignité humaine.

« Selon les informations recueillies par LPPS cette action fait suite à l’épuisement de tous les recours avec l’administration pénitentiaire. Ils souhaitent obtenir l’amélioration de leurs conditions de détention, un traitement humain et digne, et la fin de toute forme de discrimination au sein de la prison. Par cette grève de la faim illimitée, les deux étudiants sahraouis visent à mettre en lumière les souffrances des étudiants sahraouis dans les prisons marocaines et le ciblage systématique dont ils sont victimes, depuis le harcèlement policier et les accusations fabriquées de toutes pièces jusqu’au système judiciaire non indépendant qui prononce des peines injustes et inéquitables à leur encontre en représailles à leurs positions politiques et à leur défense du droit du peuple sahraoui à l’autodétermination et à l’indépendance » (SPSRASD).

 

30 mars – Les prisonniers politiques sahraouis victimes de negligence medicale systematique

Dans un communiqué, l’Association sahraouie des victimes de graves violations des droits de l’homme commises par l’État marocain (ASVDH) dénonce « la négligence médicale systématique dont sont victimes les prisonniers politiques sahraouis et la privation de leurs droits les plus fondamentaux, notamment le droit aux soins médicaux et de santé ».

 

29 mars – Mohamed BANI, victime de negligence médicale, en greve de la faim pour 48h.

La famille de Mohamed Bani dénonce la négligence médicale délibérée de la part de l’administration de la prison locale d’Aït Melloul dont est victime Mohamed Bani. Toutes ses demandes de transfert à l’hôpital pour recevoir les soins nécessaires à ses problèmes de santé, notamment une maladie cardiaque et de l’hypertension, ont été rejetées. Pour protester contre ces conditions déplorables, le prisonnier civil sahraoui prévoit d’entamer lundi une grève de la faim d’avertissement de 48 heures. Pour mémoire, Mohamed Bani, du groupe Gdeim Izik, a été condamné à la prison à perpétuité.

Sources : ASVDH – CODESA – LPPS – Sahara Press Service.

Actualités janvier-mars 2026

En ce début d’année, la situation des prisonniers politiques sahraouis est toujours aussi préoccupante. Plusieurs familles de prisonniers du Groupe de Gdeim Izik ont alerté sur les très mauvaises conditions de détention, les refus de soin et les traitements dégradants.

Au terme de 10 ans de détention politique, 3 étudiants du Groupe El Ouali ont été libérés.

Le procès en appel de deux étudiants d’Agadir s’est tenu le 26 février 2026.

Conditions de détentions

Le 24 janvier, appel de la famille de Ibrahim Ismaili dont l’état de santé se détériore en raison de négligence médicale et d’absence de soins.

Le 26 janvier, on apprenait qu’une Communication conjointe des Rapporteurs des Nations Unies (AL MAR 8/2025 de novembre 2025) concernant Mohamed Embarek Lefkir  a été adressée aux autorités marocaines en raison de l’état de santé du prisonnier et de la limitation des visites familiales.

Le 6 février, la famille de Ahmetou Lakewairi a dénoncé les harcèlements et mauvais traitements infligés à leur fils emprisonné avec des droits communs et soumis à des traitements dégradants.

Libération de prisonniers politiques sahraouis.

* Prisonniers du Groupe El Ouali

 Ces 3  libérations sont intervenues au terme de 10 années de détention politique.
Le 25 janvier libération d’El Kantaoui Elbar et le 3 mars libération de Mohamed Dadda.
Le 6 février 2026, la libération de d’Aziz el Ouasidi a été accompagnée d’un éloignement forcé.

* Le 29 janvier, libération d’Ayman El Yatribi arrêté en 2024 et condamné à 2 ans d’emprisonnement « en raison de son engagement, de sa mobilisation et de son militantisme au sein des universités marocaines, ainsi que de sa solidarité constante avec le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination et à l’indépendance, et avec les prisonniers politiques sahraouis détenus dans différentes prisons marocaines. » (CODESA).

Procès en appel de 2 étudiants arrêtés à Agadir fin septembre 2025.

Pendant la Marche pour la libération des prisonniers politiques sahraouis (Paris-Kénitra – avril -mai 2025), les étudiants sahraouis des territoires occupés ont suivi avec attention toutes les  étapes, partageant les nouvelles sur leurs pages Facebook liées aux coordinations étudiantes sahraouies. À Agadir, plusieurs activités de sensibilisation ont été organisées dans le campus universitaire : réunions, diffusion de tracts, affichage de photos et de slogans de soutien.

Deux de ces militants étudiants, Salah Eddine SABBAR et Brahim BABAIT, arrêtés par la police marocaine, ont été condamnés le 17 décembre 2025 à 8 mois de prison ferme pour leur engagement militant à l’université, suite à la plainte abusive déposée par le doyen de la Faculté de droit de l’Université Ibn Zohr d’Agadir. La LLPS a dénoncé cette condamnation pour opinions et positions politiques pacifiques en faveur de la cause sahraoui.

En janvier 2026, Salah Eddine SABBAR et Brahim BABAIT ont entamé une grève de la faim de 48 heures pour dénoncer les violations de leurs droits et les mauvais traitements dont ils étaient victimes.

Le 26 février dernier, en appel, leur peine de prison a été réduite à 6 mois mais ils devront s’acquitter d’une amende de 1500 €.

16 mars 2026.
Sources : LPPS (Ligue pour la Protections des Prisonniers Politiques sahraouis dans les prisons marocaines – CODESA (Collectif des Défenseurs Sahraouis des Droits Humains au Sahara Occidental – Equipe Media – SPRASD – (Sahara Press Service-RASD)

Naâma Asfari : « Un combat pour la liberté et la dignité vaut tous les sacrifices »

Interview de Naâma Asfari réalisée par Mohamed Abdoun 

Devant tant de courage, tant de sens du sacrifice stoïquement accepté de Naâma Asfari, l’on ne peut que rester béat d’admiration. Prisonnier politique sahraoui, arbitrairement condamné, torturé, porte-parole des emblématiques manifestants pacifiques de Gdeim Izik, il nous a accordé un entretien exclusif grâce à la précieuse aide de son épouse Claude Mangin- Asfari. Il oublie sa souffrance, refuse d’en parler, mais parle de l’exemple algérien, qui donne force et courage de tenir, de rester debout.

Notre interlocuteur analyse de façon brillante l’actuelle phase de dialogue à l’Ambassade US de Madrid. Il pense que les Américains se servent du Maroc, qu’ils ont plus besoin de l’Algérie et du Sahara Occidental que du royaume chérifien. Mais, la conclusion, forte et poignante à la fois, parle d’une victoire proche et immuable. Dire cela, (lors de sa seizième année d’incarcération arbitraire)  du fond d’une cellule,  tétanise les geôliers et bourreaux de Naâma Asfari.

C’est arrivé. J’ai pu tutoyer le courage personnifié. Il a pour nom Naama Asfari.

 

« Ici, les choses vont comme dans une prison de l’occupant, où l’arbitraire est imposé en règle de gestion et de conduite ».

« Il s’agit en priorité de résister à toutes les formes de pression pouvant être exercées sur nous. Et, en même temps, de rester fermement attachés à notre droit à l’autodétermination ».

« Toute la politique des Américains vis-à-vis des Marocains est beaucoup plus tacticienne que stratégique». « Ce processus, certes long et laborieux, prépare l’indépendance des Sahraouis dans le futur». « Les intérêts économiques au Maghreb sont en Algérie et au Sahara Occidental, pas au Maroc ».

« Le Maroc est plus affaibli que jamais en ce qui concerne l’épineux dossier des prisonniers politiques ». «Le Maroc n’a rien gagné, n’a rien fait de bon dans le territoire occupé du Sahara occidental depuis une bonne cinquantaine d’années ». « Notre destin est lié à l’évolution des négociations en cours.

« Le Maroc a essayé de nous détruire psychiquement. Or, au finish, c’est nous qui avons gagné, même sur ce plan ». « Pour moi, quinze ans de prison pour cette cause, c’est comme une année, un mois, un jour. Surtout quand on est convaincus que la victoire est au bout du chemin ».

« L’immense exemple algérien nous a toujours servi de phare et de baromètre. Regarde aussi cette phénoménale résistance des Palestiniens ». « Notre fierté est incommensurable de faire partie des prisonniers politiques réprimés lors de la grande et célèbre manifestation pacifique de Gdeim Izik ».

 

La Patrie News : c’est un énorme plaisir et un grand honneur de vous avoir au bout du fil…

Naâma Asfari : Tout le plaisir est pour moi. Comment allez-vous ? Ça devrait être à moi de m’enquérir de votre état de santé physique et mental. Je manque à mes obligations. Mais, l’émotion est trop forte. Ici, les choses vont comme dans une prison de l’occupant, où l’arbitraire est imposé en en règle de gestion et de conduite.

Vous m’en voyez désolé. Permettez que je passe tout de suite aux questions. Je sais que le temps nous est compté, et que vous pouvez être interrompu à tout moment. Comment réagissez-vous à cette reprise de dialogue entre le front Polisario et le Maroc colonial, avec cette forte symbolique du lieu de la rencontre, à savoir l’Ambassade des USA en Espagne ?

Il est difficile d’arrêter une opinion sur cet évènement majeur, car je ne dispose pas de toutes les données fiables pour analyser correctement cette brusque accélération des évènements. En revanche, je vois clairement que les Américains eux-mêmes n’ont pas de solution apparente. A mon sens, ils continuent à maintenir  et à gérer le statuquo en faisant semblant de régler cette évidente et simple question de décolonisation. Pour ma part, j’ai toute confiance en les capacités du Polisario, de l’Algérie, de tous les amis sincères de la cause sahraouie, de s’adapter à toutes les situations et défis nouveaux qui viendraient à nous être posés et imposés.

Je sais que le Polisario gardera le cap sur ce qui est stratégique pour nous. Il s’agit en priorité de résister à toutes les formes de pression pouvant être exercées sur nous. Et, en même temps, de rester fermement attachés à notre droit à l’autodétermination. Pour le reste, je reste convaincu qu’il n’existe aucune analyse ou donnée solide qui permette de supposer que les Américains seraient à 100 % avec les Marocains. Ma réponse est non. Catégoriquement non. Toute la politique des Américains vis-à-vis des Marocains est beaucoup  plus tacticienne que stratégique.

C’est ce qui me pousse à supposer qu’actuellement, les Américains font pression sur les autres parties pour arriver à une solution définitive à cette question. Une solution qui garantisse in fine l’autodétermination du peuple sahraoui. Cela, en passant par une phase de transition ou d’autonomie. C’est une sorte de renouvellement ou d’actualisation du plan Baker.

Vous parlez là du plan Baker en effet, que le Maroc avait ostensiblement rejeté.

Tout à fait. J’ajouterais que ni le Polisario, ni l’Algérie, n’ont intérêt à ce que le Maroc soit déstabilisé et sombre dans le chaos. Donc, avec l’aide et l’assentiment du Polisario et de l’Algérie, les Américains accordent cette autonomie pour assurer une transition pacifique de cinq à dix ans au Maroc. Ce processus, certes long et laborieux, prépare l’indépendance des Sahraouis dans le futur.

J’apprécie à sa juste valeur cet optimisme que vous nourrissez du fin-fond de votre sombre cellule carcérale. Donc, vous craignez quand-même que le statu quo ne vienne à être perpétué après un demi-siècle d’occupation marocaine et de pillage des ressources halieutiques et minières sahraouies…

La suite des évènements va dépendre totalement de l’évolution des négociations en cours.

Avec un président comme Trump à la manœuvre, les choses peuvent évoluer très vite, et dans tous les sens possibles et imaginables…

C’est en partie vrai. Car, les vraies intentions des Américains n’apparaissent pas pour le moment. A présent, l’action des Américains ne se décline que sur le plan médiatique. D’ailleurs, l’ouverture de l’Algérie en direction des USA se fait dans un sens économique et commercial. Or, c’est l’aspect qui intéresse au plus haut point les dirigeants américains. Plus encore ceux de l’administration Trump. Or, les intérêts économiques au Maghreb sont en Algérie et au Sahara Occidental, pas au Maroc.

Assez parler de géostratégie. Dites-moi comment vous allez, réellement, comment l’on vous traite, comment vous supportez cette arbitraire période carcérale ?

Regarde. Une guerre de libération se mène et se gagne sur divers fronts, et par plusieurs troupes. Eh bien, je crois qu’en ce qui concerne les prisonniers politiques sahraouis, cette bataille est en passe d’être largement remportée. Le Maroc est plus affaibli que jamais en ce qui concerne l’épineux dossier des prisonniers politiques. Depuis une bonne quinzaine d’années, le Maroc reconnait implicitement que les combats des prisonniers politiques et des Sahraouis dans le territoire occupé ont été largement remportés par nous. Le Maroc n’a rien gagné, n’a rien fait de bon dans le territoire occupé qu’il occupe depuis 50 ans.

Notre position maintenant est traitée sur le plan politique au niveau de ces négociations en cours. Les détenus politiques font partie des priorités mises en avant par le Front Polisario dans ses actuelles négociations. Notre destin est lié à l’évolution de ces négociations. Du moins, pour les quelques mois à venir. En attendant d’y voir plus clair.

Très pertinent résumé de cette épineuse question….

Il y a un autre point sur lequel j’aimerais revenir, ne serait-ce que brièvement, faute de temps imparti. Le Maroc a essayé de nous détruire psychiquement. Or, au finish, c’est nous qui avons gagné, même sur ce plan. Car nous sommes pleinement ancrés sur le plan de la résistance, et de la lutte de libération nationale. Nous ne sommes pas engagés dans un plan chronologique et temporel classique. Pour moi, quinze ans de détention font partie de cinquante ans de lutte du peuple sahraoui. Nous n’avons pas la même définition du temps.

Avec de pareilles convictions, forgées en acier trempé, le courage et la force de tenir vous sont prodigués à profusion.

Quand on lutte pour une cause qui, aujourd’hui, est discutée au niveau des Nations-Unis, à divers et hauts niveaux internationaux, lorsque cette noble et juste cause, dont nous sommes d’humbles militants, est prise en compte par les plus grandes puissances de la planète, il est évident que nous tenons en main l’horloge du temps. Nous maitrisons pleinement la définition de notre temps, de son écoulement. Dans ce cas précis, je l’appelle « TEMPS DU COMBAT NATIONAL ».

Il ne s’écoule pas du tout à la même vitesse. La chronologie n’est pas du tout la même. Pour moi, quinze ans de prison pour cette cause, c’est comme une année, un mois, un jour. Surtout quand on est convaincus que la victoire est au bout du chemin. La quête de liberté nous aide à tenir. Je dis cela par conviction solide et inébranlable. Il n’y a rien de surfait dans ce que je dis. Non, ce n’est pas de la langue de bois.

Chapeau bas. Toute mon admiration à toi et à ton peuple.

Tu sais, l’immense exemple algérien nous a toujours servi de phare et de baromètre. Regarde aussi cette phénoménale résistance des Palestiniens. Ces exemples nous donnent force et courage. Quinze ans de prison ne pèsent rien face aux vingt, vingt-cinq ans des prisonniers politiques qui nous servent de phare et de modèle. Un combat pour la liberté et la dignité vaut tous les sacrifices. L’Histoire est pleine de ce genre de leçons. La triste réalité d’aujourd’hui nous en met plein les yeux aussi.

Notre fierté est incommensurable de faire partie des prisonniers politiques réprimés lors de la grande et célèbre manifestation pacifique de Gdeim Izik. Même au  fin fond de nos cellules sombres, nous avons continué à marquer des points contre l’ennemi et colonisateur marocain. Face à ses immenses moyens répressifs, médiatiques, nous restons debout. Nous continuons avec la même détermination. Nous sommes convaincus qu’un jour prochain, lumière et liberté selon le lot des prisonniers politiques, mais aussi de tous les Sahraouis.


Source : https://lapatrienews.dz/naama-asfari-un-combat-pour-la-liberte-et-la-dignite-vaut-tous-les-sacrifices/

DEUX ÉTUDIANTS SAHRAOUIS CONDAMNÉS À DEUX ANS DE PRISON FERME, ACCOMPAGNÉS D’UNE AMENDE DE 500 DIRHAMS CHACUN

L’Association de la Jeunesse Sahraouie de France condamne les verdicts prononcés contre deux étudiants sahraouis.

La Cour d’appel de la ville d’Agadir, au Maroc, a rendu, hier lundi 6 janvier 2025, un verdict condamnant les étudiants sahraouis Ayman Laytharbi et Bourkaba El-Houssein à deux ans de prison ferme, accompagnés d’une amende de 500 dirhams chacun.

Ces deux étudiants avaient été arrêtés en raison de leurs positions politiques en faveur du droit du peuple sahraoui à l’autodétermination. Ils étaient connus pour leurs prises de position au sein des universités marocaines. Le procès s’est déroulé sous une surveillance sécuritaire renforcée. Les autorités marocaines ont encerclé le périmètre du tribunal et déployé des agents de sécurité dans la salle d’audience. Malgré ces mesures restrictives, les deux étudiants sont entrés dans la salle en levant le signe de la victoire, symbolisant leur résilience et leur conviction en la justice de leur cause. Lors des audiences, les étudiants ont nié toutes les accusations portées contre eux, affirmant que leur ciblage s’inscrivait dans le cadre des campagnes de répression continues contre les étudiants sahraouis dans les universités marocaines, notamment à l’Université Ibn Zohr, où ils militaient pour les droits du peuple sahraoui.

L’affaire remonte à 2024, lorsque Ayman Laytharbi a été arrêté le 29 janvier, suivi de l’arrestation de Bourkaba El-Houssein, le 12 mars, après leur participation à des activités syndicales et politiques au sein de l’Université Ibn Zohr.

Face à cette situation, l’Association de la Jeunesse Sahraouie de France, déclare :

  • Notre solidarité absolue avec les étudiants sahraouis détenus, Ayman Laytharbi et Bourkaba El-Houssein.
  • Notre appel à la communauté internationale pour faire pression sur l’État marocain afin qu’il libère immédiatement nos camarades détenus.
  • Nous tenons l’État marocain pour entièrement responsable de la sécurité et de l’intégrité physique de nos camarades emprisonnés.

Nous appelons les Nations Unies à envoyer une commission pour surveiller et enquêter sur toutes les graves violations et atteintes flagrantes subies par les civils sahraouis sans défense dans les territoires occupés, au sud du Maroc et dans les universités marocaines.

  • Nous exigeons la libération immédiate et inconditionnelle de tous les prisonniers politiques sahraouis détenus dans les prisons marocaines.

Association de la Jeunesse Sahraouie de France

Paris, le 07/01/2025

Actualité du mois de mai 2024 – REFUS DE L’ETAT MAROCAIN DE RESPECTER SES OBLIGATIONS JURIDIQUES EN MATIERE DE DROITS DE L’HOMME.

C’est l’une des conclusions du Rapport 2023 de La Ligue de Protection des prisonniers sahraouis dans les prisons marocaines  (LPPS) sur la situation des prisonniers civils sahraouis dans les prisons de l’occupation marocaine.
Ce rapport préparé pour le prochain Conseil des Droits de l’Homme qui se tiendra à Genève du 18 au 22 juin détaille les conditions de vie très difficiles des prisonniers, les refus de soins médicaux, les mises à l’isolement pendant des années, les visites des familles entravées…
La LPPS appelle à la libération des prisonniers politiques sahraouis et demande à la communauté internationale, au CICR et à l’Union africaine de faire pression sur le Maroc pour qu’il respecte le droit international et les Conventions de Genève.
Pour consulter le rapport : Rapport LPPS 2023 FR – PDF

PRISONNIERS POLITIQUES – Actualités janvier-mars 2024

Conditions de détention déplorables, grèves de la faim à répétition.


13 février

La situation de santé d’Abdallahi Ahmed Elhafed dit Toubali  est très préoccupante. Sa famille confirme qu’il souffre de tuberculose, conséquence d’années de détention misérable, de l’absence de soins médicaux et de la surpopulation dans la cellule, qui l’a fait suffoquer à plusieurs reprises… Il n’a bénéficié d’aucune procédure médicale et n’a pas été transféré à l’hôpital pour éviter toute complication susceptible de menacer sa santé et sa sécurité (source Sprasd)

15 février

La LPPS (Ligue de protection des prisonniers politiques sahraouis dans les geôles marocaines) alerte sur la situation de 3 détenus  » Sidahmed Lemjayed, Muhamed Bani et Brahim Ismaili qui viennent d’entamer une grève de la faim de 48 heures car ils «  sont continuellement soumis à la torture, au harcèlement, aux menaces et aux agressions délibérées sans la moindre intervention de l’administration pénitentiaire locale, Ait Melloul 2. »  Grève de la faim renouvelée les 8 et 9 mars pour protester « contre les pratiques racistes et les violations imposées par l’administration pénitentiaire. »

21 février

Ahmed Al-Bachir Ahmed Al-Sbai  engage une grève de la faim de 24 heures pour protester contre la difficulté voire l’interdiction de recevoir des médicaments.

Le 25 février,

le journal El Independiente a publié un article du journaliste Francisco Carrión sous le titre « Ce que Sanchez n’a pas visité au Maroc : les prisons. » Il y décrit  la situation vécue par le journaliste sahraoui Mohamed Lamín Haddi (Groupe Gdeim Izik) alors que les autorités marocaines prétendent qu’il est bien traité et jouit de tous ses droits ! La famille de Haddi, soutenue par l’Union des journalistes et écrivains sahraouis (UPES) a démenti ces allégations : il ne reçoit ni traitement médical, ni visites familiales et subit des agressions continuelles.

17 mars

Brahim Ismaili  a été hospitalisé. Selon une déclaration de sa famille, son transfert à l’hôpital était dû à une grave détérioration de son état de santé. Cependant, il n’a subi aucun examen médical ou examen approfondi pendant son séjour à l’hôpital en raison de la négligence médicale et de la politique de procrastination adoptée à son égard. (Source Sprasd)

PRISONNIERS POLITIQUES – Actualités novembre – décembre 2023

8 novembre 2023 : Journée nationale  du prisonnier sahraoui

« Des dizaines d’étudiants sahraouis en Europe (Espagne, France…) ont appelé à la libération immédiate des détenus politiques sahraouis incarcérés arbitrairement par les autorités d’occupation marocaines, interpellant la communauté internationale pour sanctionner le Maroc en raison de ses violations répétées et délibérées des droits de l’Homme contre le peuple sahraoui.

Pour mémoire la date du 8 novembre a été choisie en raison des évènements survenus le 8 novembre 2010, lorsque les forces d’occupation marocaines ont démantelé sauvagement le campement de Gdeim Izik, qui comprenait environ 6.500 tentes installées par des Sahraouis un mois plus tôt pour protester contre les mauvaises conditions socio-économiques au Sahara occidental occupé par le Maroc depuis 1975. »

Source SPS.

7 décembre 2023 – La Ligue des prisonniers politiques sahraouis publie son rapport périodique sur la situation des prisonniers civils dans les prisons marocaines pour la période s’étendant du 1er août 2023 au 30 novembre 2023.

Lien le Rapport périodiquePDF

8 décembre 2023

Saluant  l’Avis du Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire qui vient de demander la libération immédiate des prisonniers de Gdeim Izik au Sahara occidental, les Familles des prisonniers de Gdeim Izik, la Ligue pour la protection des prisonniers sahraouis dans les prisons marocaines, Le Groupe de soutien de Genève pour la protection et la promotion des droits de l’homme ont organisé un webinar de plaidoyer appelant le Maroc à respecter la décision du Groupe de travail des Nations Unies.

23 décembre 2023

L’organisation internationale Front Line Defenders appelle, le Maroc à libérer « immédiatement » les prisonniers politiques sahraouis du groupe Gdeim Izik, maintenus arbitrairement en détention depuis plus de 13 ans.

Communiqué de Presse – Le Maroc préside en 2024 le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU : une mauvaise farce ?

Ce 10 janvier 2024, 30 États parmi les 47 votants au Conseil ont élu, à bulletin secret, le Maroc pour présider le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU en 2024.

Ce n’est pas une bonne nouvelle pour toutes celles et tous ceux qui, dans le monde, plaident et bataillent pour que les droits humains soient respectés. Batailles menées par de multiples organisations aussi bien dans leur pays qu’à Genève. En effet le Maroc ne se distingue pas positivement en ce domaine : une monarchie autoritaire, qui empêche toute liberté de presse et surveille de près toute forme de contestation, et surtout un pays qui depuis 1975 occupe son voisin le Sahara occidental et empêche le scrutin d’autodétermination de son peuple, pourtant recommandé par l’ONU et le Conseil de Sécurité chaque année. Lire plus

Communiqué de presse – Une bonne nouvelle, le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire s’adresse au Maroc : libérez immédiatement les prisonniers de Gdeim- Izik

Souvenons-nous, le soulèvement pacifique des Sahraouis à Gdeim Izik, au Sahara occidental, en novembre 2010, premier mouvement du Printemps arabe. Et souvenons-nous des 24 militants, journalistes, membres d’associations de défense des droits de l’homme, arrêtés et condamnés à de lourdes peines.

Ce 11 novembre 2023, le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire vient de conclure que leur détention dans les prisons marocaines était illégale.

Dans sa demande de libération de tous les prisonniers de Gdeim-Izik, les juristes du Groupe de travail ont mis en lumière toutes les formes d’arbitraire qui ont pesé sur leur procès devant un tribunal militaire marocain et sur leur détention : refus d’accès à des avocats, aveux obtenus sous la torture, manque d’impartialité et d’indépendance de la Cour de justice, traitements inhumains dans les différentes prisons marocaines où ils sont détenus (Réf : A/HRC/WGAD/2023/23).

Depuis treize ans, de nombreux observateurs tels que Amnesty international, Human Rights Watch, ACAT (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture), notre association déléguant à plusieurs reprises juristes et avocats ainsi que les détenteurs des mandats des Nations Unies, dénoncent cette situation. Depuis treize ans également les familles des prisonniers, souvent éloignées des lieux de détention, luttent pour la libération de leurs proches en lien avec la Ligue pour la Protection des Prisonniers Politiques Sahraouis dans les prisons marocaines (LPPPS).

Avec ces familles, avec les associations qui militent sans trêve pour le respect des droits humains, nous saluons cette décision du groupe de travail des Nations Unies. C’est aussi un message adressé aux autorités françaises pour qu’elles veillent à l’application de cette décision et interviennent partout où leur autorité peut s’exercer afin que le Maroc libère très vite ces prisonniers. Première étape avant la tenue du référendum d’autodétermination des Sahraouis prévu par l’ONU, référendum en panne depuis près de 50 ans et qui prive un peuple non-autonome de son droit à être indépendant.

Paris, le 29 novembre 2023.